À propos

L’école des beaux-arts de Nantes poursuit sa mission d'accompagnement à l’insertion professionnelle de ses diplômés en proposant de nouveaux parcours. Sous la direction artistique de Fabrice Hyber, le programme des réalisateurs a pour objectif de créer un environnement propice à l'émergence des projets artistiques en offrant à de jeunes artistes des moyens de production, des outils théoriques et pratiques pour une meilleure autonomie professionnelle et la connexion à un réseau artistique régional, national et international. C’est suite à ce contexte particulièrement favorable qu’Aymeric Caulay a eu l’opportunité de réaliser son projet initial invité par le Voyage à Nantes.

Vu dans les médias :
- Le Monde par Emmanuelle Jardonnet
- Inferno par Léo Bioret
- Presse Ocean, portfolio, 22 juin
- Bigre n°5

 

Terre en chantier, 2015
Aymeric Caulay
Né en 1989 à Champigny-sur-Marne. Vit et travaille à Brest.

Casse-tête
Par Mai Tran

Aymeric Caulay présente ici quelques images du work in progress de Terre en chantier, projet de sculpture monumentale situé cours Cambronne dans le cadre du Voyage à Nantes 2015.
Tout juste arrivé à Nantes en 2013 pour la première session des réalisateurs porté par Fabrice Hyber, l’école supérieure des beaux-arts de Nantes et Audencia, après cinq années d’études aux beaux-arts de Brest, Aymeric Caulay a développé un projet ambitieux de construction avec des entreprises d’un engin de chantier en carreaux d’argile.

Exemplaire de la vocation du programme des réalisateurs à déployer tous les moyens disponibles pour produire une œuvre, l’artiste en « entrepreneur-politicien-réalisateur » modélise tout le processus de production en œuvre d’art : des phases de recherche de matériaux à l’installation in situ dans l’espace public.
Après des mois de travail associant ingénieurs et architectes, techniciens et ouvriers, régisseurs et programmateurs artistiques, entrepreneurs en BTP, artisans locaux, personnel d’institutions culturelles et étudiants aux beaux-arts1, le projet prend forme et vie, dans une articulation savamment orchestrée entre « environnement, social et subjectivité »2.
À la fois travail en soi, relations d’équipe et représentation du résultat, l’œuvre à venir attend son heure soigneuseusement stockée sur palettes devant Mosquito Coast Factory à Campbon.

En créant une nouvelle temporalité de la production dans cette petite usine du Maine-et-Loire, l’artiste intègre ce nouvel échange, ce flux, ce modèle relationnel de travail dans la fabrication de l’œuvre elle-même. De cette rupture dans l’ordonnancement des choses, il crée le hiatus, une infime subversion dans la monotonie du labeur quotidien, et cette « tentative microscopique » de transformation éco-sociale du rapport au travail, à la production, à la technique, s’installe dans les rouages du monde entrepreunarial ordinaire et rejoue de nouveaux liens au savoir-être, au savoir-faire.

Terre en chantier se fonde ainsi sur les champs de prédilection de l’artiste : le travail, les systèmes, les usages, les liens sociaux, le chantier (bâtiment), la technique, le jeu et l’échelle. Il s’ingénie à reconstituer ce territoire d’enjeux et de questionnements, de signifiants et de mises en abîme, où machines, outils, travail, mains, artisanat, technique, usine, conditions de travail, production d’objets, mutation des formes, ouvriers… deviennent les outils, les acteurs et les producteurs mêmes de son œuvre.
Les pièces d’argile sont empreintes des formes de jeux éducatifs qui s’ajustent les unes par rapport aux autres comme la métaphore de cet assemblage à la symétrie dynamique. La brique, comme l’idée de « briquolage » de Filliou, convoque cette réinterprétation du « quotidien réinventé où il y aurait art et manière de faire »3.
L’ordinaire offre une forme de résistance dans cet objet aux allures de jeu d’enfant surdimensionné, au matériau lambda déroutant, à la couleur brique le plus souvent méprisée ; l’installation in situ ne manquera pas de cristalliser un choc culturel face à l’histoire, au patrimoine, à l’architecture bourgeoise.
Cette transformation de la matière brute en pièces manufacturées, du bloc de terre argileuse extraite d’une carrière ligérienne au site patrimonial urbain révèle l’activité de production comme la découverte d’un champ anthropologique constitué d’un faisceau de collaborations et de states de sens multiples. Entre « simulacre (mimicry) et recherche d’un certain vertige (ilinx) »4 de cette forme, le jouet d’enfant d’Aymeric Caulay bouleverse les codes de la culture des chantiers, et par extension du travail, pour créer une nouvelle situation, un nouveau système qui révèle nombre d’équivoques et de renversements. Mai Tran

1. Kenza Bennani, Jean Blaise, André Bossière, Elise Bouvry, Grégoire Cartillier, Camille Coleon, Marie Dupas, Pierre-Jean Galdin, Antonin Gerson, Astrid Gingembre, Pauline Gompertz,  Céline Humeau, Fabrice Hyber, Christophe Launay, Nicolas Le Beuze, Edouard Le Boulch’, Rozenn Le Merrer, David Moinard, Benoît-Marie Moriceau, Nicolas Rambaud, Stéphanie Olivier, Mai Tran, Philippe Vollet, Le Voyage à Nantes, l’École supérieure des beaux-arts de Nantes Métropole et les équipes des entreprises partenaires Eurovia Atlantique, Mosquito Coast Factory, Rairies Montrieux, Entreprise Serrurerie Grelier, Entreprise Soliso…

2. voir Guattari F., Chaosmose, Paris, Galilée, 1992 et Les Trois Écologies, Paris, Galilée, 1989

3. Michel de Certeau, Arts de faire, Invention du quotidien, Paris, Gallimard, 1990

4. Roger Caillois, Les Jeux et les Hommes, Paris, Gallimard, 1957, éd. Folio, 1967, p.146.

 

Consulter le dossier artistique d'Aymeric Caulay

L'équipe du projet et des Réalisateurs, 2013, de gauche à droite : Steven Guermeur, Fabrice Hyber, Medhi-Georges Lahlou, Aymeric Caulay, Laurent Noël, Rozenn Le Merrer, Pierre-Jean Galdin et Kenza Bennani
Aymeric Caulay et Fabrice Hyber, 2013
Les réalisateurs de Fabrice Hyber, dessin mural réalisé à l'école des beaux-arts de Nantes
Atelier des réalisateurs, Place François 2, Île de Nantes